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Togo Les 27 Avril 1958, 28 Septembre 1958, et les indépendances africaines.


opinions

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" Depuis 1945,... une très vive aspiration à l'indépendance s'est fait jour dans les territoires coloniaux qui, comme le Togo, avaient pris conscience de leur existence en tant que nation. Nous avons l'honneur d'avoir été parmi les premiers à l'affirmer hautement et à demander une modification fondamentale de notre régime politique. Peu à peu, nos idées se sont répandues, se sont précisées, et, si d'autres ont atteint avant nous le but que nous touchons aujourd'hui, j'ai la conviction que c'est un peu grâce au Togo." ( Discours du Président Sylvanus Olympio le 27 Avril 1960 à 0 heure, au jour de l'Indépendance. ).

Nous célébrons, en cette année 2018, le soixantième anniversaire de l'indépendance de la Guinée comme premier pays de l'Afrique subsaharienne francophone à avoir accédé à l'indépendance. Un Togolais peut s'étonner à juste titre car si le vote du 28 septembre 1958 conduisait la Guinée à l'Indépendance, il en était de même du vote antérieur des Togolais le 27 Avril de la même année. La Victoire des partis patriotiques conduisait le Togo à l'Indépendance en un moment où aucune des colonies subsahariennes de la France ne pouvait imaginer et fixer une date pour sa libération.

Alors la Guinée, premier pays francophone à accéder à l'indépendance au sud du Sahara? Oui, si l'on considère l'Indépendance-rupture et non si l'on s'en tient à l'indépendance par la négociation.

Au Togo, après le vote et la victoire historiques du 27 Avril 1958, qui ont vu Sylvanus Olympio accéder à la tête du pays contre la volonté de la France, il a fallu négocier à trois-Togo France Nations-Unies-pour déterminer la date de l'Indépendance et la date de la levée de la tutelle des Nations-Unies. Il a fallu s'accorder un temps pour renflouer la Caisse de l'Etat qui était vidée et vide, ce qui contrastait avec la situation financière de la Gold Coast ( Ghana ) où, à l'Indépendance en mars 1957, le Président Kwamé Nkrumah prenait les rênes du pays avec des millions de livres sterling en héritage . Au Togo, deux années ont été nécessaires pour organiser la célébration officielle de l'Indépendance du 27 Avril 1960.

Et les autres colonies françaises? Si à Paris, la Quatrième République ( 1946-1958) ne refusait pas une certaine évolution de ses colonies subsahariennes après sa défaite en Indochine, puis les indépendances du Maroc et de la Tunisie en 1956, et le nouveau bourbier de la guerre en cours en Algérie, elle n'entendait pas se retirer précipitamment de la zone au sud du Sahara.

Que s'est-il donc passé? D'où viennent ces indépendances précipitées de 1958 et de 1960, et ceci pour des colonies qui ne pouvaient pas imaginer une telle accélération de l'Histoire?

Il faut ici faire intervenir un homme politique français, Charles de Gaulle, chef de la rébellion des Français opposés au Gouvernement légal de Pétain soumis à Hitler durant la Colonisation de la France, quand ce pays fut soumis à l'Allemagne Nazie après sa rapide défaite militaire en 1940. Vers la fin de la Seconde Guerre Mondiale et la défaite de
l'Allemagne à partir de 1944, de Gaulle se retrouva à la tête de la France et n'entendait céder quelque colonie que ce soit. Il estimait, comme beaucoup d'hommes politiques français, que les colonies qui avaient beaucoup contribué à la victoire sur l'Allemagne, devaient être mobilisées pour permettre à la France abaissée, pillée, ruinée de se relever. Aucune évolution politique des colonies n'était envisagée, donc point d'autonomie, et surtout, point de "self-government" ou d'indépendance, idées qui germaient dans la pensée de quelques dirigeants américains. La Guerre Mondiale finie, les colonies devaient continuer à aimer la France, à contribuer à sa prospérité et surtout à attendre, à patienter. Telle était l'idée dominante des dirigeants français.

Mais l'Histoire va prendre un tour qui échappe complètement à la France. Où? En Asie et dans la plus juteuse de ses colonies, le Vietnam.
Le 2 Septembre 1945, dans un Vietnam vidé des Forces Françaises par les Japonais, Ho-Chi-Minh proclame l'Indépendance de son pays. Une indépendance auto-proclamée inadmissible à Paris. La (première) Guerre d'Indochine éclate entre les paysans-soldats de Ho-Chi-Minh ( regroupés dans le Vietminh, Ligue pour l'Indépendance du Vietnam) et la France. Défaite militaire de la France en 1954. Cet évènement marque un tournant dans la politique coloniale française. Une France battue militairement dans une colonie par les colonisés , quel choc pour la France, et quel choc énorme pour le fier de Gaulle! Ce dernier se convainc alors que la France doit changer de perception sur ses colonies, qu'elle doit changer d'idéologie et préserver ses intérêts en cédant sur la souveraineté territoriale. Le Général de Gaulle qui quittait la direction de la France en 1946 était un ardent partisan du statu quo dans les colonies; le Général de Gaulle qui s'était fait rappeler au pouvoir en 1958 par les généraux d'Alger pour garder l'Algérie à la France n'était plus le même homme: sa conscience sur les colonies avait évolué sans que certains de ses partisans le sachent.

En 1958, le 13 Mai 1958 exactement, soit deux semaines après le vote au Togo, voilà de Gaulle de retour à la tête de l'Etat Français, en pleine guerre d' Algérie. Que va-t-il faire? Il sait que l'Union Française, nouveau nom de l'Empire Colonial Français après 1945, est à l'agonie après les indépendances des pays d'Indochine ( Vietnam, Laos, Cambodge )et la guerre algérienne . En avant pour une nouvelle création, un nouveau nom : la Communauté Franco-Africaine, un nouvel enclos sous le contrôle de la France où les colonies jouiraient d'une autonomie interne pour leurs affaires domestiques mais où la France continuerait à avoir la haute main sur l'essentiel ( la défense, la diplomatie, l'économie, la monnaie, etc ) . Dans la nouvelle Constitution à soumettre au Peuple Français et aux colonies, un chapitre était prévu où les peuples colonisés devaient, par leur vote, exprimer leur attachement au bon régime politique que la France leur proposait. Exhorter les populations des Colonies à dire massivement Oui à la nouvelle Constitution, que pouvait-on souhaiter de mieux à Paris? De Gaulle, poussé par ses conseillers, eut l'idée de faire un grand tour en Afrique pour louer tous les bénéfices de la protection française. En route donc du 25 au 27 Août 1958 pour aller s'adresser à cinq pays, cinq capitales: Tananarive, Brazzaville, Abidjan, Conakry et Dakar. Cet ordre des villes ne fut pas choisi au hasard; accueil enthousiaste à Tananarive et à Brazzaville, accueil triomphal à Abidjan, " "une apothéose", tant Félix Houphouet-Boigny avait vu les choses en grand " . Les deux dernières étapes étaient prévues-éventuellement- corsées. A l'arrivée à Conakry ce 25 août, l'accueil était jovial, l'humeur bonne jusqu'au discours de Sékou Touré dont le Général n'avait pas eu le temps de prendre connaissance plus tôt. Quand Sékou Touré se mit à déclamer haut et fort " que nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l'esclavage ", paroles que le Français n'attendait pas d'un Colonisé, de Gaulle se mit en colère:" Si vous voulez l'Indépendance, prenez-la avec toutes ses conséquences [ néfastes] " . Le Général quitta la Guinée en colère et arriva à Dakar. Accueil tumultueux où les deux hommes politiques principaux du pays, Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia, avaient préféré s'absenter. Partout, des pancartes réclamant l'Indépendance. Nouvelle colère de De Gaulle: " Si vous voulez l'Indépendance, prenez-la ......mais si vous venez avec la France......". De Gaulle rentra à Paris mais en Afrique de l'Ouest, deux territoires étaient prévus comme penchant pour voter NON: La Guinée et le Niger; le Togo, à statut spécial, n'était pas concerné. Un NON du Niger, pays à uranium, n'était pas admissible pour les Colons. On changea rapidement de gouverneur et rapidement, on envoya à Niamey un gouverneur corse spécialiste des magouilles et de la fraude électorales. Le parti Sawaba de Djibo Bakary, indépendantiste, qui appelait à voter NON, fut écarté.
Le 28 Septembre 1958, dans les colonies françaises, la Guinée était le seul territoire à voter NON, un NON suivi d'une rupture des relations avec la France et d'une proclamation de l' Indépendance quelques jours plus tard. Brusquement, et de façon inattendue, la Guinée se retrouve à accéder à l'Indépendance avant tous les territoires sous administration française au sud du Sahara.

De Gaulle, jamais, ne pardonnera cette séparation à Sékou Touré, et ce jusqu'à son départ du gouvernement en 1969. A un gouverneur qui alla le voir pour savoir si des tentatives de rétablissement de relations diplomatiques ne pouvaient s'envisager avec la Guinée, de Gaulle répliqua: ". Mais laissez-le donc Sékou Touré [continuer à ] bouffer ses bananes et ses cacahuètes ". En cette année 1958, Paris abandonna la Guinée, retira tout son personnel, emporta tout ce qui était emportable jusques et y compris les câbles électriques dans l'espoir de faire plier la Guinée, de la voir s'écrouler. Mais surprise! la Guinée, tel un oiseau échappé de sa cage, se voit jouir du grand air, de la grande liberté: reconnaissance par les Etats- Unis, reconnaissance par l'URSS, admission aux Nations-Unies, rôle flamboyant dans le mouvement des pays non alignés, des aides venant du monde entier, etc. La politique française a échoué! Et pire encore, c'est la Communauté Franco-Africaine, aussitôt née, qui est perçue comme un nouveau carcan. Les pays membres qui avaient voté OUI à de Gaulle se persuadent que l'Indépendance a du bon. Et c'est Madagascar qui réclame son indépendance, et c'est le Mali qui regrette d'avoir voté OUI et veut l'Indépendance au plus tôt avec le Président Modibo Kéita. La Communauté Franco-Africaine, le nouvel enclos colonial, va à vau-l'eau! De Gaulle décide alors de rappeler tous les gouverneurs des colonies. La décision est prise: Indépendance pour tout le monde, même pour les dirigeants africains qui viennent gémir à Paris pour que leurs territoires restent des départements français. Il faut faire vite . Au conseil des ministres du 3 DECEMBRE 1959 -notez bien le 3 DECEMBRE 1959-, de Gaulle ouvre la porte pour l'indépendance- une indépendance formelle-, de tous les pays africains en l'année 1960. Telle une manne céleste, une pluie d'indépendances va arroser l'Afrique. Vite, des Présidents Noirs avec de beaux costumes et de belles Constitutions! Vite un drapeau! Vite un hymne national! . "Chaque roitelet dans son Royaume ", dixit de Gaulle.

Le vote guinéen a mis à bas le plan gaulliste et précipité l'octroi de l' Indépendance aux pays francophones d' Afrique.
Alors en Afrique, oublié le VOTE du 27 AVRIL 1958 togolais et retenu le VOTE du 28 SEPTEMBRE 1958 guinéen ?

Qu'est-ce qui explique cela? La toute première raison est que la Guinée avait le même statut colonial que tous les autres territoires francophones; le Togo et le Cameroun, pays sous-tutelle des Nations-Unies, avaient un régime particulier. La deuxième raison, importante, est l' Indépendance -Rupture de la Guinée, une indépendance proclamée moins d'une semaine après un vote, alors qu'au Togo, il a fallu négocier à trois pendant deux ans avant la proclamation de l' Indépendance, une Indépendance Véritable que le pays perdra moins de trois ans après l'avoir obtenue. Enfin, une troisième raison non négligeable en cette année 1960: dans ce grand vent des Indépendances gaullistes, il n'était pas facile pour les masses de distinguer une Indépendance, mûre avant l'arrivée de De Gaulle au pouvoir , d'une Indépendance formelle octroyée par un système colonial dans son reflux.

Oui, tous les Africains d'une certaine génération reconnaissent le rôle d'avant-garde joué par le Togo en Afrique francophone et n'hésiteraient pas à accorder tout leur poids à ce passage du discours du Président Sylvanus Olympio le 27 AVRIL 1960: " NOUS AVONS L' HONNEUR D'AVOIR ETE PARMI LES PREMIERS A AFFIRMER HAUTEMENT [ UNE TRES VIVE ASPIRATION A L' INDEPENDANCE ], ET A DEMANDER UNE MODIFICATION FONDAMENTALE DE REGIME POLITIQUE. PEU A PEU, NOS IDEES SE SONT REPANDUES, SE SONT PRECISEES, ET, SI D'AUTRES PAYS ONT ATTEINT AVANT NOUS LE BUT QUE NOUS TOUCHONS AUJOURD'HUI, J'AI LA CONVICTION QUE C'EST UN PEU GRACE AU TOGO. ".
Vérité historique! Qui peut dire mieux ?


ABLODE GBADZA. JOHN SEMUHA < jsemuha@free.fr>
Le 28 septembre 2018.
PS: Au cours de la rédaction, j'ai eu le plaisir de lire le texte de Tete Godwin, sorti plus tôt, très instructif, écrit dans le même esprit.




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