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Togo Du lien qu'il y a entre les réformes constitutionnelles et institutionnelles préconisées par l'APG et l'état de délabrement des arts au Togo


opinions

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par Rodrigue Yao Norman

La culture et les arts ont partie liée avec la politique. Mieux ou pire la politique donne le la, c'est-à-dire l'orientation à la culture et aux arts dans un pays. Si la politique est la gestion des affaires de la cité, peut-on imaginer un seul projet culturel qui se fasse en dehors de la cité et de ses lois ? Si non, tous les discours tendant à faire croire qu'au Togo, on peut mener des projets culturels sans se mêler de la politique ou sans chercher à l'influencer, ne sont que, soit, pure ignorance, soit, manipulation qui se veut savante. Et dans ce dernier cas, il est un devoir pour nous de la démasquer.

Il n'y a pas de mystère : si la culture et les arts au Togo ont tant de mal à se hisser à un niveau professionnel acceptable et durable, la faute à la politique et plus précisément aux régimes d'Eyadema et de Faure Gnassingbé! Tous les deux ne savent pas ce que sont la culture et les arts et ils en méconnaissent les vertus de développement, d'apaisement et de bien-être sociaux, choses que leurs gouvernements successifs déclarent rechercher depuis 51 ans sans succès. Et c'est sans surprise qu'ils n'y arrivent pas. Car, à défaut d'être excellent, il faut aimer l'excellence en toute chose pour vouloir pratiquer ou aider les arts à prospérer sur son territoire. Faure Gnassingbé et ses gouvernements n'aiment pas l'excellence, Ils aiment la paresse et le travail bâclé, pire encore la médiocrité. Et leur Fonds d'Aide à la culture n'entend que promouvoir ces choses viles. Au 5ème forum culturel du Togo, événement mensuel organisé entre autres par Espace Level (structure privée) dont l'un des orateurs était un membre du fonds, j'ai fait remarquer que sans les réformes constitutionnelles et institutionnelles préconisées depuis 2006 par l'Accord Politique Global et jamais amorcées, la culture ni un autre secteur ne prospèrera dans ce Togo (pas besoin d'être prophète pour le savoir). Cela, on pouvait le vérifier par la propre présence à ce forum de l'orateur dépêché pour remplacer le Directeur par intérim (depuis au moins 5 ans) de ce fonds que la plupart de l'auditoire soupçonnait d'être aux Evalas, la plus politisée des fêtes traditionnelles du pays.

Si les réformes préconisées par l'APG avaient été faites, on aurait des institutions fortes avec des gens compétents à leur tête qui seraient à la fois obligés et protégés par le règlement intérieur desdites institutions, et au cas échéant par les lois républicaines. Le directeur du FAC serait par exemple obligé par son institution à privilégier une rencontre prévue depuis de longues dates avec les acteurs culturels, et protégé par le règlement intérieur du FAC au cas où son absence aux Evalas lui serait reproché par un quelconque chef de parti. Une réforme constitutionnelle et institutionnelle sérieuse mettrait des gens compétents avec un sens critique aigu au pilotage de ce fonds rendant la masse critique formée par les artistes et que quémande l'orateur, optionnelle et non indispensable. Les artistes ont tant à faire et bien qu'ils doivent être une force critique de propositions pour l'amélioration de ce fonds, il faut encore que ceux qui gèrent le fonds fassent le plus élémentaire du travail pour lequel ils sont payés avec l'argent public. Il faudrait qu'ils soient intègres, libres et capables de penser par eux-mêmes, indépendamment des calculs de conservation du pouvoir exécutif d'un parti politique. Actuellement, ce n'est pas le cas comme cela n'est le cas dans aucune soi-disant institution de l'Etat togolais. Toutes les institutions sont inféodées à l'exécutif, c'est-à-dire au pouvoir de Faure Gnassingbé, ce qui rend ces institutions faibles, inefficaces, folkloriques et parfois risibles. Suffit pour s'en convaincre de prendre connaissance de l'anecdote qui suit.

Au lendemain des résultats du dernier appel à projets du fonds (2017), une compagnie qui s'est vue refuser sa demande de subvention écrit au responsable du fonds, lui demandant les points du dossier qui pourraient faire l'objet d'améliorations ou de précisions pour une prochaine demande. En entreprenant une telle démarche, l'association s'attendait à toutes les réponses désobligeantes possibles sauf à la question que lui posa oralement la préposée au secrétariat du fonds: "Si on était une grande institution, est-ce que vous alliez nous écrire pour nous demander pourquoi on ne vous a pas choisi ?"

Ainsi la secrétaire du FAC ignorait qu'elle travaillait dans une grande institution. Ses supérieurs hiérarchiques, eux le savaient-ils au moins ? J'en doute, malgré les 300 millions de FCFA qu'ils gèrent annuellement. Quel déphasage au niveau de la perception du FAC entre ceux qui le gèrent et ceux qui sont censés en bénéficier ? Pour leur gouverne, que ceux qui gèrent le Fonds d'Aide à la Culture du Togo sachent une fois pour toutes que le FAC en soi, est une grande institution comme toutes les institutions de ce pays et qu'il est fort probable que ce soient ceux qui en ont la gestion qui n'en sont pas à la hauteur, à commencer par Faure Gnassingbé et ses sbires qui ne sont pas à la hauteur de la gestion du Togo, ce pays des décennies durant, en faillite. Nuance très importante !
Les 600 millions encore nouvellement alloués à cette institution pour 2018 et 2019 ne sont pas la propriété de Faure Gnassingbé ni du parti Unir, mais c'est de l'argent débloqué par le trésor public, indirectement par le contribuable togolais. Là-dessus, non plus, qu'il n'y ait pas d'équivoque, Faure Gnassingbé dans une mise en scène à grosses ficelles, à beau être le président qui ordonna pour la première fois que le fonds soit doté et rendu fonctionnel, il n'en est pas le propriétaire et ne peut donc pas légitimement en disposer à loisir.

Enfin, aux arguments-ritournelles "le gouvernement ne peut pas tout faire, il n'y a pas de ministère de la culture au Nigeria ni aux USA et pourtant...", "si vous ne vous organisez pas, le gouvernement ne peut rien pour vous, etc..." maintes fois balancés à la figure des artistes togolais avec condescendance et avec pour projet de les culpabiliser, les artistes et opérateurs culturels n'ont qu'à simplement faire remarquer à ces bureaucrates désœuvrés que le forum qui leur donnait la parole le 7 juillet dernier est une initiative privée des acteurs culturels et non du ministère, que le centre culturel qui les accueillait est une initiative privée lui aussi, que les événements culturels phare de ce pays sont initiés par des artistes et opérateurs culturels eux-mêmes et le plus souvent sans le moindre soutien du ministère. Que les artistes togolais osent une fois pour toutes renvoyer à leur alphabet ceux qui mensuellement émargent au budget de l'Etat et paradoxalement, osent, toute honte bue, demander aux artistes et opérateurs culturels de venir faire leur travail à leur place.

Osons leur dire qu'ils fassent leur job. Et quand cela ne suffira pas, et ce sera le cas forcément, puisque la tête est de toute façon pourrie, tout artiste que nous sommes, osons enfin sortir un tant soit peu, de nos ateliers, nos ordinateurs, nos plateaux, pour envahir le champ de la politique pour le ciseler, y laisser nos empreintes, car la culture et les arts encore une fois ont partie liée avec la politique, la santé, l'économie, bref tout ce qui fait la cité...

Qui donc parmi les artistes et opérateurs culturels au Togo, n'a pas encore remarqué que l'œuvre qu'il tisse courageusement et patiemment, est éternellement détricotée par le politique ? Pour combien de temps encore nous complairons-nous dans le rôle de Sisyphe ? La politique n'est pas la chasse gardée des énarques ou des hommes de lois, c'est aussi et simplement une affaire de bon sens et de citoyenneté. Soyons à la fois citoyens et artistes.

L'AUTEUR
Rodrigue Yao Norman
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