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Togo Le peuple togolais et les organisations de la société civile : je t’aime moi non plus ?


opinions

iciLome | | 1 Commentaires |Imprimer Lu : 735 fois

Au Togo, les hommes politiques pris individuellement ou collectivement mobilisent plus que les organisations de la société civile. C’est une réalité depuis l’entrée en vigueur de la charte des partis politiques en 1991. Les réactions à cet état de choses sont diverses, mais depuis le déclenchement de la révolte populaire en août 2017, l’on assiste à des analyses tendant à condamner le peuple pour son manque de soutien à la société civile, et sa préférence pour les politiciens toujours prompts aux volte-face et aux trahisons. Les comparaisons avec les sociétés civiles des autres pays sont légion dans les débats sur les réseaux sociaux, surtout que celles du Sénégal (Yen a marre) et celle du Burkina Faso (Balaie Citoyen) ont été les fers de lance des révolutions qui ont conduit à des changements politiques notables.

Ceci est d’autant paradoxal que c’est la société civile qui, regroupée au sein du Front des Associations pour le Renouveau (FAR), avait mené la lutte pour le retour au multipartisme. C’était en 1991 et un certain Me Yawovi Agboyibor venait d’écrire une page dans l’histoire de notre pays. La plus importante victoire politique de ces 30 dernières années, le multipartisme, a donc été obtenue par la société civile togolaise. Mais 27 ans après cette victoire, qu’est ce qui explique le désamour, si ce n’est l’indifférence, d’une grande partie du peuple vis-à-vis des organisations de la société civile ? Il y a plusieurs raisons, mais je parlerai de deux qui me paraissent importantes.

Primo, le peuple togolais a vécu et continue de vivre sous le régime de la privation matérielle. Je parle ici de « régime » parce que cette privation est pensée et mise en œuvre par ceux qui sont au pouvoir aux fins de conservation de ce pouvoir. En un mot le Togolais est un être continuellement affamé, aussi bien dans ses besoins biologiques que matériels, résultat d’un choix politique opéré par les dirigeants et mis en œuvre par l’appareil de l’État. La famine est l’une des armes les plus faciles et les plus efficaces que les dictateurs ont à leur disposition pour soumettre leur peuple. Le régime togolais étant l’une des dictatures les moins brillantes au monde, c’est tout naturellement qu’il a opté pour cette arme qui est aussi utilisée en Corée du Nord. Mais si le régime nord-coréen l’utilise ouvertement et à grande échelle, le régime togolais lui l’utilise de manière plus subtile, prenant soin de faire porter la responsabilité à d’autres acteurs nationaux et internationaux. La face la plus visible de cette politique a été les incendies des marchés par des proches du régime et l’arrestation des opposants. Certains soutiennent que ces incendies visaient à affaiblir financièrement l’opposition ; en réalité ces incendies visaient à éliminer les rares poches de prospérité et à accroître la famine. Celui qui a faim ne fait pas la politique, soutient-on dans les cercles du pouvoir dictatorial.

Étant donc conscient que sa précarité est liée à des causes éminemment politiques, le Togolais soutient avant tout l’homme providentiel qui peut y mettre fin, et en cela, parce que l’homme politique affirme pouvoir le faire, il constitue une alternative bien plus crédible que le leader citoyen. Les besoins primaires ayant pris le pas sur les autres, l’homme politique apparaît comme le chemin le plus sûr – et le plus court – pour la satisfaction de ces besoins ; à l’inverse, la transformation sociale et le bien-être collectif durable que recherche le mouvement citoyen paraît un chemin assez long.

Un autre type de privation explique ce soutien indéfectible aux hommes politiques : il s’agit de la privation systématique du droit. Tout comme il fait face à la faim depuis 50 ans, le Togolais est un être soumis perpétuellement à l’arbitraire. En dehors de l’appauvrissement systématique des populations, l’autre grand exploit du régime togolais est la « démocratisation » de l’arbitraire. L’arbitraire touche toutes les couches de la société togolaise, du nouveau-né dans la famille la plus démunie du Togo aux membres de la famille présidentielle, en passant par les anciens acolytes du dictateur ainsi que ses ennemis héréditaires. Face à cette situation de violation permanente du droit et de déni de justice, la soif de justice est très grande parmi les Togolais, et la personne providentielle est celle qui promet de rendre justice. Une fois de plus, l’approche de l’homme politique qui compte prendre le pouvoir afin de mettre fin à l’arbitraire et rendre justice aux victimes est de loin plus acceptable par rapport à celle du leader citoyen qui ne vise pas une prise du pouvoir. Dans un pays où tous les pouvoirs sont concentrés dans les mains d’une seule personne depuis 50 ans, le président représente la solution à pratiquement tous les problèmes, et on croit beaucoup plus aisément en celui qui veut remplacer le président actuel qu’en un acteur public qui n’exprime pas une telle intention.

La préférence du Togolais pour les hommes politiques ne résulte donc pas de l’ignorance ou de la méconnaissance du rôle de la société civile ; c’est plutôt la réaction toute naturelle de celui qui recherche des solutions immédiates aux privations matérielles et juridiques auxquelles il est confronté quotidiennement. Ce soutien apparaît comme une réaction à la politique de privation systématique mise en œuvre depuis 50 ans pour tenir le peuple en laisse. Qu’importe si l’homme politique mène la lutte depuis 25 ans sans succès.

De plus, la société civile a raté sa chance de se positionner comme un acteur public de poids le jour où, après avoir arraché le multipartisme, les leaders citoyens se sont précipités pour créer ou transformer leurs associations en partis politiques. Le résultat de cette mutation est que dans la croyance populaire, le leader citoyen est un leader politique en gestation ; mieux vaut donc soutenir le maître que l’apprenti. Ce n’est peut-être pas l’avis de vous qui me lisez, mais cela me paraît vraisemblable.


Aminou Ben Yaya

L'AUTEUR
Aminou Ben Yaya
New York, USA



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