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En RDC, l’autonomisation des femmes rurales est un combat de tous les jours

Congo RDC - Societe
Pour sa première participation à la Commission de la condition de la femme de l’ONU (CSW), Mireille Tushiminina a témoigné des défis rencontrés par les filles et les femmes en République démocratique du Congo (RDC) et des solutions que son ONG apporte pour tenter d’y remédier.
Dans ce pays d’Afrique centrale ravagé par plusieurs années d’instabilité et de conflit, les femmes vivant en milieu rural sont confrontées à de multiples difficultés. Leurs opportunités en matière d’éducation et de travail et leurs accès aux services sociaux et de santé sont limitées. Désavantagées par rapport aux hommes, les femmes congolaises ne sont également pas épargnées par les violences sexuelles.

En RDC, « la situation des femmes rurales demeure déplorable », a déclaré Mme Tushiminina. Cette femme congolaise de 42 ans a fondé et dirige la Fondation Shalupe, une organisation qui a pour mission de renforcer l’autonomisation économique des femmes congolaises notamment en milieu rural.

En 2010, la Fondation Shalupe a ainsi lancé en RDC un projet de fabrication de craies qui sont ensuite vendues dans les écoles du pays.

« Cette idée nous est venue parce que dans beaucoup d’écoles situées dans des zones reculées du pays, les enfants n’avaient pas accès aux craies en raison deumanque de fournitures scolaires », a expliqué Mme Tushiminina. « Les femmes se sont regroupées et elles ont suivi une formation pour fabriquer des craies sur place ».

Les premières craies fabriquées ont d’abord été distribuées gratuitement dans les écoles. « Beaucoup de femmes sont venues », s’est félicité la responsable de la Fondation Shalupe. « Nous les formons, nous leur apprenons à fabriquer des craies blanches et de couleur, les boites et après à les commercialiser ».

A ce jour, plus de 5.000 femmes congolaises de différentes régions du pays ont bénéficié de ce projet d’autonomisation économique.

Grâce à cette activité, de nombreuses femmes ont ainsi trouvé un moyen de faire vivre leurs foyers. « Beaucoup de ces femmes sont des jeunes filles mères célibataires qui élèvent plus de trois ou quatre enfants et ce projet représente leur seule source de revenus », a souligné Mme Tushiminina.
Rétablir la dignité des femmes victimes de violences sexuelles et sensibiliser les hommes

La majorité des femmes congolaises aidées par la Fondation Shalupe ont survécu à des violences sexuelles. Pour beaucoup d’entre elles, le projet lancé par l’ONG est une voie pour recouvrir leur dignité. « Beaucoup des jeunes filles que nous aidons ont moins de 15 ans et ont été violées », a précisé Mme Tushiminina.

Les actions entreprises par la Fondation Shalupe ne se limitent pas à venir en aide aux femmes maltraitées. L’organisation cherche également à sensibiliser les hommes congolais aux conséquences des violences sexuelles domestiques subies par les femmes sur leurs communautés.

« En 2016, pendant les 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes, nous avons créé des petites scènes intitulées ‘Art pour la paix’ dans lesquelles les femmes articulaient ce qu’elles vivaient à la maison devant leurs maris, les chefs coutumiers et les gendarmes », a expliqué Mme Tushiminina. « Toutes ont relaté leurs histoires dans des chants et dans des danses. Pour nous, c’était vraiment le seul moyen de pouvoir sensibiliser les hommes».

Les réponses de ces derniers ont été très positives, a indiqué l’activiste congolaise. « Les hommes voulaient participer, en savoir plus, pour qu’à leurs tours, ils puissent mobiliser d’autres hommes », a-t-elle dit.

En 2018, Mme Tushiminina n’est pas en mesure de dire que les violences sexuelles faites aux femmes ont diminué en RDC. « Le parcours reste encore long », reconnait-elle, « mais nous avons plus de ‘He for She’, d’hommes qui répondent ‘présent’, qui veulent participer à nos événements, qui contribuent financièrement mais aussi en s’impliquant dans certains de nos projets ».
Un engagement suscité par la pauvreté des femmes congolaises

Pour cette femme formée aux Etats-Unis et également active avec des ONG au Gabon et au Cameroun, la pauvreté dans laquelle sont piégées de nombreuses femmes congolaises a été le principal déclencheur de son engagement en faveur des femmes africaines. « Vous devez voir la manière dont les femmes vivent », a-t-elle dit.

La situation dans les maternités congolaises a révolté cette jeune femme et l’a poussé à agir. « En RDC, la plupart des femmes enceintes n’ont pas les moyens de payer leurs frais de maternité. C’est révoltant parce qu’au lieu de les soigner, on les emprisonne. Des femmes y restent pendant des mois. Et elles attendent que des organismes internationaux ou des ONG comme la Fondation Shalupe les aident », a-t-elle raconté.

La fondation de Mme Tushiminina aide les jeunes femmes congolaises à travers des actions de prévention et de planning familial. L’organisation aide également les femmes à prendre soin d’elle pendant et après leurs grossesses.

Filles et femmes rurales : « cette année est la leur »

Après 18 ans d’activisme en faveur des droits des femmes africaines, Mireille Tushiminina considère sa participation à la CSW62 plus que jamais importante en raison de sa thématique consacrée à l’autonomisation des felles et des filles des régions rurales.

« Cette année est une année spéciale pour moi. Pendant toutes ces années, en tant qu’activistes, en tant que féministes, on a tellement fait de bruits pour les filles et les femmes rurales », a souligné Mme Tushiminina. « C’est un combat et cette année est la leur ».

Pour cette femme de 42 ans, la CSW est la plateforme idéale pour donner une résonnance aux problèmes rencontrés par les femmes rurales du monde entier.

« Je voulais échanger avec d’autres femmes d’autres pays qui ont les mêmes problèmes que nous et voir comment on peut apprendre d’elle, ramener leurs expériences chez moi et faire en sorte qu’elles apprennent de nous également », a-t-elle expliqué.

Malgré les difficultés persistantes auxquelles elles sont confrontées, Mireille Tushiminina estime que les filles et femmes de la RDC et d’Afrique ne doivent pas perdre espoir. « Avec l’élan que nous avons déjà pris, elles sont déjà à la Une, et nous devons continuer à forcer », a-t-elle dit, soulignant que les organisations de la société civile et ONU Femmes sont là pour les soutenir.

« Mon rêve pour elles, c’est que demain l’une d’elles suive les traces de la Présidente Ellen Johnson Sirleaf, que l’une d’elle devienne la Wangari Maathai de demain », a déclaré Mireille Tushiminina. « Mon rêve, c’est qu’elles deviennent les femmes fortes dont l’Afrique a besoin ».