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Togo Faure Gnassingbé doit se libérer de la peur


Opinions

iciLome | | Commenter |Imprimer Lu : 4180 fois

« En nous libérant de notre peur, notre présence libère automatiquement les autres », disait Nelson Mandela.

Récemment, plus particulièrement depuis que la contestation contre le régime togolais s’est accentuée, l’on entend fréquemment une expression : la peur a changé de camp. Cela signifie que ceux qui avaient peur – les opposants au régime togolais – n’ont plus peur, mais c’est plutôt ceux qui faisaient peur jusqu’ici – les dirigeants et leurs partisans – qui ont maintenant peur. Aucune comparaison n’est possible entre les deux peurs, puisque l’on ne connait ni l’ampleur de la peur avant et ce qu’il en est aujourd’hui.

À supposer que ce qui se dit soit exact, un constat s’impose donc : au Togo, la peur existe; mais elle ne fait que changer de camp, de temps à autre. Il est à parier qu’après une certaine période, elle retournera dans le camp d’où elle est partie, si on peut le dire ainsi. Et le cercle vicieux recommencera, puisque chaque camp ne fera que pousser la peur dans le camp adverse. Voilà en mon sens le véritable problème du Togo, la source de la tragédie togolo-togolaise.

Tout d’abord en quoi consiste cette peur dans un camp comme dans l’autre ?

Pour aller simple, l’on a d’un côté l’opposition et ses partisans qui ont peur de vivre éternellement sous le même régime, de voir des générations entières naitre, vivre et mourir sous le même régime, peur de ne pas pouvoir changer les choses, peur d’échouer dans leur lutte, dans leur quête d’alternance. Peur aussi des représailles qui s’abattent sur eux du fait de leur opposition au pouvoir, peur d’être exclu indéfiniment de la prise des décisions, peur de se contenter d’une démocratie qui ne les satisfait pas, peur de participer aux dialogues qui ne résolvent pas les problèmes, peur de signer des accords qui sont bafoués, peur de ne pouvoir rêver d’un avenir différent de celui qui leur fait déjà peur. Et surtout, peur de voir le régime ignorer ou même rire de toutes ces peurs. La liste est bien longue…

De l’autre côté, il y a le régime et ses partisans dont la principale peur est celle de perdre le pouvoir. Dans le jeu démocratique, l’on accède au pouvoir, on l’exerce et on le perd. Et on recommence le cycle pour le reconquérir, l’exercer et éventuellement le perdre encore. Cela ne devrait donc pas être un problème. Mais au Togo, la perte du pouvoir demeure un problème principalement parce que depuis 50 ans, personne n’a perdu le pouvoir, c’est quelque chose d’inconnu. En sus, ceux qui l’ont perdu en 1963 et 1967 ne l’ont plus reconquis. Comme on ne sait pas à quoi ça ressemble que de perdre le pouvoir, on a peur de le perdre. La peur de perdre le pouvoir est avant tout la peur de perdre tout ce qu’il comporte comme avantages et privilèges. C’est aussi la peur de devoir rendre compte de la gestion passée des affaires de l’Etat. La peur de la vengeance des victimes du règne. Peur de la vulnérabilité face aux nouveaux maitres. Peur de l’exil. Peur de ne plus jamais reconquérir le pouvoir. Peur de tout perdre. La liste des peurs relatives à la perte du pouvoir est tout aussi longue…

D’un côté comme dans l’autre, la peur est omniprésente, et c’est elle qui guide les réactions et les décisions des uns et des autres. Or, comme nous le savons tous bien, la peur est mauvaise conseillère. Tant que la peur dictera l’action des hommes, ils prendront de bien mauvaises décisions.
Je crois en toute franchise que c’est l’existence de la peur dans les deux camps qui empêche le règlement définitif de la crise qui s’est installée depuis les premières heures de la démocratisation il y a plus d’un quart de siècle.

La situation sociopolitique est bloquée par la peur des uns pour les autres et vice-versa. L’opposition pointe du doigt la mauvaise volonté du régime comme source de blocage mais cette mauvaise volonté n’est qu’un symptôme ; la peur d’un pouvoir exercé par l’opposition en est la source réelle. Le régime et ses partisans accusent l’opposition de bloquer leurs efforts de modernisation institutionnelle; là encore c’est parce que les actions de l’opposition sont guidées par leurs peurs de ne jamais arriver au pouvoir, peur d’un règne sans fin. Bref, tant que la peur existera dans un camp ou dans un autre, le problème togolais restera tout entier, insoluble pour le meilleur des négociateurs.

La peur au sein de la population togolaise est devenue une mine pour les deux camps : les uns l’exploitent pour garder le pouvoir, d’autres l’exploitent pour conquérir le pouvoir.

Les grands hommes, ceux qui construiront véritablement la démocratie togolaise, seront ceux-là qui dans les deux camps sauront dominer leur peur au lieu de se laisser guider par elle ; c’est ceux-là qui sauront reconnaitre et trouver une solution aux peurs du camp adverse. En cela, l’initiative appartient aux deux camps, ce qui est une bonne nouvelle.
En Afrique du sud, la peur des Noirs, du pouvoir exercé par les Noirs a donné naissance et a nourri le régime de l’apartheid et tout ce qu’il a comporté d’abus, d’assassinats et autres violations de droits élémentaires. À un moment où beaucoup s’attendaient plutôt à une guerre civile entre Blancs et Noirs, il a fallu que le même régime surmonte sa peur du pouvoir des Noirs, et qu’un leader noir, Nelson Mandela surmonte sa peur de la domination blanche pour que le pays entre dans une nouvelle ère et devienne la nation modèle qu’il est aujourd’hui. D’ailleurs le même Nelson Mandela disait : « En nous libérant de notre peur, notre présence libère automatiquement les autres ».

Il faut donc trouver une solution à la peur de tous les Togolais. C’est une responsabilité partagée, mais cela doit commencer par la tête de l’Etat. Faure Gnassingbé peut-il se libérer de sa peur ou de ses peurs ? Si oui, y a-t-il dans l’opposition des hommes capables d’en faire de même ?
La peur ne doit plus changer de camp au Togo, elle ne doit tout simplement plus exister. Je fais un rêve que les hommes politiques togolais, à commencer par le président Faure Gnassingbé, joueront leur partition.
Ben Yaya, New York.

L'AUTEUR
Samari Tchadjobo
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