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Togo La CDPA scandalisée par la décoration du Major Kouloum




politique

iciLome | | Commenter |Imprimer Lu : 3848 fois

Major Kouloum, ce triste personnage n’est pas inconnu des Togolais. La population d’Atakpamé en sait quelque chose, surtout qu’elle porte encore les cicatrices d’actes ignobles signés par lui. Bien qu’il soit cité dans de nombreux rapports d’enquête comme auteurs d’actes de violence sur cette population, le 26 avril dernier, Faure Gnassingbé l’a décoré et élevé au rang d’officier de l’ordre du Mono. Une distinction qui scandalise la Convention démocratique des peuples africains (CDPA) qui, à travers une lettre ouverte, interpelle le chef de l’Etat. Lecture !

Lundi 14 avril 2017

Lettre ouverte à
Monsieur le président
Essozimna Faure Gnassingbé

« …un peuple qui murmure est toujours redoutable »

Monsieur le président

Nous, membres du Comité directeur de la Convention démocratique des peuples africains (Cdpa) vous adressons cette lettre pour crier notre grande colère et exprimer notre profonde indignation, après avoir vu, ce 26 avril 2017, le major Kouloum N’ma Bilizim, sous-officier de gendarmerie à la retraite, parmi les récipiendaires de l’ordre du Mono.

A l’instar des togolaises et togolais, nous ne comprenons pas comment le major Kouloum est fait officier de l’ordre du Mono, alors qu’il est cité comme instigateur et présumé auteur de tueries et nombreux actes de violences et troubles sociopolitiques de 2005 à Atakpamé, notamment par :
• les Nations Unies dans leur Rapport de la mission d’établissement des faits, chargée de faire la lumière sur les violences et les allégations de violations des droits de l’homme survenues au Togo avant, pendant et après l’élection présidentielle du 24 avril 2005 ;
• la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme dans son rapport sur les évènements de 2005 au Togo ;
• la Ligue togolaise des droits de l’homme dans son rapport Togo : du coup d’Etat monarchique du clan Gnassingbé au jeu de massacre électoral du 24 avril 2005
• la Commission vérité justice et réconciliation (CVJR) dans son rapport final.

Nous ne nous expliquons pas comment le major Kouloum ait pu mériter cette haute distinction honorifique alors qu’il nie toujours les faits qui lui sont reprochés, qu’il n’a jamais été entendu par les tribunaux et qu’il continue encore de faire preuve d’un activisme dangereux dans la préfecture de l’Ogou, au titre de président de l’amicale des ressortissants du nord dans les plateaux.

En distinguant un tel personnage, monsieur le président et grand maître de l’ordre du Mono, vous honorez un présumé coupable de crime de sang et autres violations graves de droits des citoyens et vous risquez de faire déborder le vase plein depuis trop longtemps.

Jusqu’à quand les togolaises et togolais doivent-ils continuer d’observer les hautes autorités de la République honorer des personnes soupçonnées d’actes aussi graves dont le souvenir reste vivace et encore douloureux pour la nation? Le major Kouloum aurait peut-être mérité l’indulgence des togolaises et togolais, si comme coupable il avait imploré le pardon de ses victimes, ou comme présumé coupable il avait saisi la justice pour être lavé de tout soupçon et obtenu gain de cause suite à un procès équitable, transparent et juste. Mais tel n’a jamais été le cas.

Si des présumés tortionnaires sont décorés par vous, grand maître de cette prestigieuse institution, comment devons-nous alors comprendre votre cri de cœur, plus jamais ça sur la terre de nos aïeux, plus jamais de vagues d'attentats, de troubles et de violences insensées, de vandalisme et de dégradation d'édifices publics, lancé en juillet 2007, à Atakpamé, à l'occasion de la fête de l'igname et dans le cadre du lancement de la campagne contre la violence et l'impunité au Togo, initiée par le bureau du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l'homme dans notre pays ?

Certes, faire du major Kouloum officier de l’ordre du Mono n’est pas illégal, mais c’est immoral et gravement offensant ; surtout quand on sait que ses victimes n’ont eu droit à ce jour à la moindre stèle ou citation. Par ailleurs, faire du major Kouloum officier de l’ordre du Mono : c’est d’abord décrédibiliser cette institution républicaine instaurée en septembre 1961 et qui a pour vocation de récompenser les mérites distingués et d’encourager les forces vives du pays, militaires comme civils, ayant rendu d’éminents services à la République ; c’est aussi vous prendre comme seul souverain et à cet titre ne plus donner de limite à vos actions, oubliant qu’un peuple qui murmure est toujours redoutable.

Si nous vous adressons cette lettre, monsieur le président, c’est parce que, en votre qualité de grand maître de l’ordre du Mono, vous pouvez et devez rectifier le tir afin d’éviter de souiller la noble institution qu’est l’ordre national. Il vous suffirait donc de revenir sur la décision prise de faire du major Kouloum officier de l’ordre du Mono.

Afin de montrer au peuple togolais que vous avez du respect pour lui, que vous n’encouragez pas l’impunité et que votre parole plus jamais ça est d’or, demandez au major Kouloum de poser l’acte fort de justice, de vérité et de réconciliation que ses compatriotes attendent de lui, en reconnaissant ses torts et en demandant pardon. Il aura ainsi fait justice à ses victimes, notamment : d’une part, celles qu’il a manipulées et qui se sont fait tuer, comme celles qui sont tuées suite à ses ordres ; d’autre part, celles qui ont survécu aux évènements dramatiques d’Atakpamé, comme celles qui restent traumatisées par lesdits évènements dont elles ont été témoins.

Si le major Kouloum ne veut pas rentrer dans la logique de vérité justice et réconciliation initiée par vous et approuvée par le peuple, prenez vos responsabilités afin que la justice fasse la lumière sur les faits qui lui sont reprochés et que nous soyons éclairés sur ces tragiques évènements.

Mais, de grâce, monsieur le président, ne commettez pas le sacrilège d’offense à la mémoire de victimes innocentes, de peur que leur sang qui crie vengeance ne finisse par avoir raison de vous ; ne continuez pas à narguer ce peuple souverain qui détient le pouvoir que vous exercez de faite en son nom ; vous finirez par subir son courroux.

Veuillez agréer, monsieur le président, l’assurance de notre respect.

Pour le comité directeur de la CDPA,
La secrétaire générale


Brigitte Kafui Adamagbo Johnson




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