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Togo Grand reportage: Agoenyive (Agoè) le bidonville, la nouvelle préfecture, les camps militaires…


Politique

Liberte hebdo | | Commenter |Imprimer Lu : 8621 fois


Situé dans la banlieue Nord de la ville de Lomé, Agoenyive s’est subitement métamorphosé ces dernières années. En un laps de temps, de nouvelles routes ont été construites. A côté des « belles » routes, de nouveaux édifices publics comme privés ont poussé comme des champignons. Plusieurs entreprises et établissements se délocalisent pour s’y installer. La plupart des autorités, des directeurs généraux et des hommes d’affaires, bref les nouveaux riches y résident. Quelques recoins du milieu s’identifient même par le nom de ces personnes. Bawara, Toyi, et Bodjona dont le nom a été donné à un carrefour sont les plus connus. La Cour d’Appel de Lomé y a été construite. Ces énormes mutations intervenues dans cette localité ont changé son visage d’antan. Récemment érigé en préfecture « grâce à la magnanimité du chef de l’Etat », le canton d’Agoè a également changé de statut sur le plan administratif, Agoè est au centre des débats et fait la Une des journaux et même divise l’opinion.

Agoenyive hier et aujourd’hui

Si la nouvelle configuration de la préfecture d’Agoènyive repose plus sur une base politique que géographique, cette localité compte dorénavant six grands cantons contre cinq dans l’ancienne configuration, puisque Adétikopé y ayant été rattaché. Zanguéra, Agoè Nyivé, Togblékopé, Légbassito, Vakpossito en sont les anciens. Agoenyive, comme toute localité a une histoire qui n’est pas étrangère à celle du peuple Ewé. Agoè a été construit suite à l’exode des Ewés qui ont fui Notsè d’Agokoli. Et d’après l’histoire, c’est le vieux Yelu Makazo qui serait le père fondateur de cette localité peuplée aujourd’hui d’environ un demi-million d’habitants.

L’espace culturel d’Agoè est limité au nord par le fleuve Zio, à l’est par les Bè, au sud par les Aflao et à l’ouest par la préfecture d’Avé et Mission Tové. Agoè a aussi bénéficié de la période coloniale allemande au Togo. Les Allemands y avaient installé la radio de Togblékopé qui reliait le Togo au Cameroun ; ce qui constitue un privilège pour cette communauté même si elle a été dynamitée pendant la première Guerre Mondiale.

L’émergence de l’élite d’Agoènyive a été favorisée par l’installation des écoles catholiques, protestantes et autres. L’activité principale de cette communauté était l’agriculture qui a perdu de son importance au cours de ces dernières années. Il y a quinze ans, « Agoè n’était pas aussi en vogue qu’aujourd’hui. Il y avait certes quelques routes et de rares bâtiments. Mais en un temps record, une partie d’Agoè a été métamorphosée et est en train de concurrencer la vielle ville de Lomé », raconte Richard, la trentaine qui a vécu la moitié de sa vie à Agoè Cacavéli. Celui-ci s’est étonné du rythme de changement de sa localité tout en refusant de nous en donner les raisons réelles. Car « il est normal que les choses aillent ainsi puisque nous avons plusieurs cadres politiques proches du système en place qui habitent dans notre localité », ajoute-t-il.

Aujourd’hui, la ville entière d’Agoè s’est réinventée grâce à une mutation urbaine de très grande ampleur, mais sélective. Aux quatre coins de la ville, des projets ont vu le jour, des logements de qualité sont sortis de terre. La métamorphose de la ville se poursuit dans quelques quartiers.

Agoè est certes une ville en mouvement, une ville qui cherche à imposer sa grandeur et son attractivité. Mais le contraste est saisissant, le constat est amer. Au cœur même de la ville, notamment à Agoè Nyivé, les bidonvilles pullulent. Un vaste ensemble de bidonvilles se situent à l’entrée de la localité, des habitations construites aux temps coloniaux sans rénovation se retrouvent dans plusieurs quartiers, mais habités par les autochtones en majorité. Composés essentiellement de jeunes, la plupart des habitants vivent avec moins de 500 FCFA (1 dollar US) par jour. « Beaucoup vivent et travaillent au sein de la communauté », explique Marcel, qui a grandi là. « Nous avons le sentiment que la politique ne change pas, ce sont toujours les mêmes, les riches, qui viennent payer nos terres et ériger des immeubles de luxe clôturés et gardés en permanence », poursuit ce jeune homme de 25 ans qui a eu une Licence en Sociologie depuis deux ans déjà et qui n’a pas eu les moyens de poursuivre les études, mais aussi ne trouve aucun job pour survivre.

Agoè, c’est le Togo en miniature, un champ de camps militaires

Bien que les Ewés soient majoritaires à Agoè, cette localité a été peuplée par d’autres communautés venues d’ailleurs. On y trouve une forte communauté de Kabyè, de Losso, de Moba, de Tem et bien d’autres groupes ethniques. Sans oublier les étrangers qui sont venus s’installer dans tous les coins de cette ville. Ce brassage culturel fait la fierté de la communauté, même si des divergences se font sentir sur le champ politique. Il n’est pas difficile de voir un autochtone se marier par exemple à un Moba et inversement. « Nous sommes tous des frères ici à Agoè, même si nous venons d’horizons divers, chacun avec sa culture. Cette diversité culturelle fait qu’on apprend les uns des autres. Personnellement j’ai des amis Kabyè qui m’invitent quelques fois autour d’un bon Tchouk (boisson locale) agrémenté par les rythmes du terroir c’est-à-dire le Kamou », confie Edouard. Mais il est aussi évident que la politique est parfois source de discorde dans cette localité. Les uns accusant les autres d’être à la solde de tel ou tel parti. Mais au-delà de tout, toutes ces communautés vivent en parfaite symbiose.

Sept (7), c’est le nombre de camps militaires qui se trouvent uniquement à Agoè, ce qui fait de cette localité la ville la plus militarisée du Togo. Cette politique de construction de camps militaires dans cette localité a commencé avec feu Général Eyadema. Il y a entre autres l’Etat-major des Forces armées togolaises, le Régiment Blindé de Reconnaissance et d’Appui (RBRA) qui se trouve dans l’enceinte de l’Etat-major, le camp des Gardiens de Préfecture (Camp GP), la Force d’Intervention Rapide (FIR), le Camp de Police, le Champ de Tirs et le Camp de la Gendarmerie (avec le Service de Recherche et d’Investigation SRI) qui se délocalise peu à peu à Agoè.

En dehors de ces camps, il existe une dizaine de commissariats et de gendarmeries dans les agglomérations. Cette militarisation à outrance intrigue plus d’un. Les populations qui vivaient jadis de l’agriculture ne trouvent plus de terres à cultiver, car l’Etat préfère ériger sur de grandes superficies des camps militaires. Cette situation crée également des frustrations au sein des collectivités qui ont été dépossédées de leurs terres.

Le foncier est également la grande partie des maux qui minent Agoè. Il existe pratiquement des domaines litigieux dans presque tous les quartiers. Plusieurs affaires de litiges fonciers sont pendantes devant les tribunaux. En plus, les réserves administratives sont détournées par quelques individus du milieu avec la complicité de certaines autorités. Interrogé sur la question de développent du milieu, l’honorable DRA Kossi, député de la localité, déplore que « Agoe n’ait pas de centre de santé digne de ce nom, ni de centre culturel et même pas de complexe sportif pour les jeunes et d’espace vert ».

La ville d’Agoè dispose de plusieurs marchés. Les plus connus sont ceux d’Agoè Assiyéyé, de Cacaveli, d’Agoè Zongo et autres. Ces marchés ont été rénovés pour la plupart ces dernières années grâce à « Faure » comme on l’entend souvent. Mais ces marchés aussi sont des nids à problèmes. Par exemple dans celui d’Assiyéyé, les policiers qui sont censés garder le marché, préfèrent racketter les conducteurs de taxi-moto et autres, et le lot de plaintes de la part des bonnes dames concernant la perte de leurs stocks de marchandises ne fait que s’accroître. L’enceinte dudit marché est déjà pleine. Certaines revendeuses sont alors obligées d’étaler leurs marchandises aux alentours du marché et se font chanter par la délégation spéciale qui leur impose une taxe exorbitante sans laquelle elles seront dégagées. Ces problèmes se transposent dans la majorité des marchés.

L’assainissement, Agoè « vitrine ou latrine » ?

Le problème majeur de la ville d’Agoè reste l’assainissement. Cette ville est trop salle et même les édifices publics n’échappent pas à cette réalité. Le cas le plus frappant est celui du commissariat d’Agoè Nyivé.

Le commissariat d’Agoè Nyivé est « emprisonné » dans une insalubrité notoire. Difficilement identifiable à première vue, le commissariat se trouve sur la nationale N°1, bien avant le passage à niveau que les Togolais qui n’ont rien vu, appellent par péché « échangeur ». Le commissariat est logé dans un bâtiment vétuste où la peinture jaune initiale est complètement devenue noire. Le poste de contrôle à l’entrée dudit commissariat est totalement en ruine et s’est presque écroulé. A l’intérieur se trouvent de vielles motos qui gisent sous la belle étoile. Si l’état de ce commissariat laisse à désirer, sa devanture reste un dépotoir public. Avant de venir au commissariat, il faut traverser un tas de détritus jonchant de part et d’autre le bâtiment qui abrite ce poste de police. Ces déchets stagnent dans un caniveau juste en face du commissariat. On peut y voir des sachets contenant des matières fécales et autres déchets laissés là par l’eau de ruissellement. L’odeur que dégage ce mélange piteux est irrespirable. « Mais nous sommes dedans et on fait avec », souffle un policier quand nous sommes allé sur les lieux.

En dehors du cas du commissariat, le seul centre de santé, le CMS d’Agoè Nyivé, est tout aussi « malade » et a besoin de « soins intensifs ». Situé également au bord de la Nationale N°1, ce centre patauge dans une insalubrité indescriptible et mérite vraiment un plan d’urgence pour sa rénovation.

La devanture du chef canton d’Agoè Nyivé, Togbui Kodjo Helou Edmond Aristide SEDZRO IV, est aussi l’illustration du niveau accru de l’insalubrité qui « règne » à Agoè Nyivé. Quand il pleut, il devient lui-même un batracien. « Au lieu qu’il cherche des solutions pour arranger sa devanture, il préfère aller marcher pour dire merci à Faure pour avoir transformé le canton en préfecture », crache un jeune du milieu.

A Agoè, après la pluie, c’est le « désastre ». Tous les quartiers sont presque inondés en dépit des bassins de rétention d’eau construits par endroits. Agoè Zongo est le plus sinistré. Des maisons inondées, des rues impraticables, c’est le vécu quotidien des populations. Mais en temps normal, même l’eau potable distribuée par la Togolaise des Eaux (TdE) est une denrée rare. Des ménages passent des jours sans avoir une goutte d’eau de leur robinet.

L’énigme Adétikopé

Le village d’Adétikopé est l’un des plus vastes dans la nouvelle préfecture d’Agoè. Il se situe entre Davié (préfecture de Zio) et le grand Agoè. On retrouve des deux côtés de la nationale N°1 des quartiers composant ce village. Les populations de cette localité s’identifient plus à la préfecture du Zio. Sur tous les édifices publics comme privés, c’est la préfecture de Zio qui est mentionnée. « Nous faisons tous nos documents administratifs à Tsévié et aujourd‘hui, on nous rattache à une préfecture avec laquelle nous n’avons aucune histoire, c’est quand même absurde », déclare Kossivi, un conducteur de taxi-moto.

Ce vaste canton manque de tout. Pas de centre de santé adéquat. Il existe juste quelques petites structures mises en pace par des ONG qui donnent des soins à cette population. Le centre de santé social n’est pas encore opérationnel. En dehors de tout ça, le village n’est pas servi en eau potable. Ce sont certains ménages qui ont construit des forages qui ne respectent pas parfois les normes. Le marché d’Adétikopé s’anime les lundis et jeudis. L’insécurité demeure un des soucis majeurs des habitants de ce village malgré la présence de la gendarmerie.

« La route du développement, passe par le développement de la route », dit-on. Même si c’est une partie bien ciblée d’Agoè qui bénéficie des routes, c’est une chose à apprécier. Mais pour un vrai développement, il va falloir établir un réel plan d'urbanisation avec des standards acceptables. Seules, les routes ne pourront pas résoudre les problèmes cruciaux auxquels fait face la nouvelle préfecture. Comme quoi, c’est beau d’ériger un canton en préfecture, mais c’est encore mieux de le doter en infrastructures administratives, sanitaires, culturelles et autres. Il est aussi important de ne pas ignorer le développent des autres localités de Lomé.

Shalom Ametokpo

Source : Liberté N°2227 du 04-07-16





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